le #MeToo inversé des hommes sud-coréens

Ces dernières semaines, des groupes de défense des “droits masculins” ont lancé une véritable chasse aux sorcières antiféministe en Corée du Sud. La correspondante du Los Angeles Times à Séoul y voit une manifestation de force d’hommes jeunes, et le dernier rebondissement de la guerre qui divise le pays sur les questions de sexe et d’égalité.

Quand l’émoji “pouce et index rapprochés” a fait son apparition en 2019 (montrant ces deux doigts en forme de pince à environ un centimètre l’un de l’autre), les internautes se sont tout de suite mis au travail. “Un nouvel émoji pour se moquer des hommes”, a proclamé Vice. L’émoji qui va “peut-être définitivement changer le sexto”, a titré Buzzfeed.

“Si vous faites partie des gens qui s’indignent publiquement que cet émoji serve à se moquer des petits pénis, votre secret n’en est plus un”, a persiflé [l’humoriste] Stephen Colbert, animateur du Late Show.

En Corée du Sud, toutefois, l’image n’a pas du tout fait rire.

Depuis quelques semaines, l’émoji – utilisé comme logo par un groupe féministe aujourd’hui disparu – cristallise les tensions et un sévère retour de bâton antiféministe. Divers groupes de défense des “droits masculins” se sont lancés dans une véritable chasse aux sorcières, recherchant l’émoji sur des affiches ou des campagnes publicitaires utilisées par des entreprises, des organisations ou des employés jugés trop féministes, pour les submerger de plaintes ou les boycotter.

Ce phénomène constitue une inversion stupéfiante – surréaliste, pour certains – du mouvement #MeToo : des hommes, qui sont aux commandes de la société depuis des générations, se sentent offensés par des femmes parce qu’elles s’en prennent à leur physique.

Une mobilisation antiféministe qui porte ses fruits

Pour eux, c’est le signe que la haine des hommes est omniprésente dans la société sud-coréenne d’aujourd’hui et que le féminisme radical est devenu hors de contrôle. Et leur mobilisation porte ses fruits : dans plusieurs grandes entreprises, des employés ont été rétrogradés ou soumis à des procédures disciplinaires pour avoir utilisé l’émoji dans des affiches. Des ministères et des municipalités ont présenté leurs excuses et ont modifié leurs visuels, des musées ont retiré des œuvres et des vedettes ont vu leur carrière menacée.

Il s’agit du dernier rebondissement d’une guerre de plus en plus ouverte qui divise le pays sur les questions de sexe et d’égalité. C’est aussi une manifestation de force de la part d’une catégorie d’hommes jeunes qui détestent le féminisme, se sentent victimisés par ce mouvement de femmes et jugent que le système joue en leur défaveur et non l’inverse.

C’est un phénomène qui s’inscrit dans la lignée d’une réaction antiféministe, boostée par Internet, qui a émergé en Chine, au Royaume-Uni et aux États-Unis, notamment au sein de la génération Z où beaucoup d’hommes estiment que le féminisme “va trop loin” et se plaignent d’être injustement calomniés, accusés à tort, moqués et muselés.

La Corée du Sud reste une des économies riches les plus en retard sur la question de l’égalité hommes-femmes, comme en attestent les indicateurs tels que les écarts de salaire, le taux d’emploi et la représentation des femmes à des postes à responsabilité. Les femmes sud-coréennes ont toujours été confrontées à la discrimination et au sexisme et restent la cible d’injonctions patriarcales extrêmement rigides.

Le développement du mouvement féministe sud-coréen ces dernières années a suscité de fortes

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Victoria Kim

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Le géant de la côte ouest. Créé en 1881, c’est le plus à gauche des quotidiens à fort tirage du pays et le grand spécialiste des sujets de société et de l’industrie du divertissement.
Ce n’est qu’à partir des années 1940 qu’il devient le

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