Et la guerre au Tigré, en Éthiopie, a basculé

Le 28 juin, les rebelles tigréens sont parvenus à reconquérir la capitale de leur région Mekele. Un tournant majeur dans la guerre qui les oppose aux autorités de leur pays. Les correspondants du New York Times les ont suivis au cours de ces jours clés, où ils ont battu l’une des meilleures armées du continent. Un récit et des photos saisissants.

Surexcités, les combattants tigréens crient, sifflent et pointent du doigt un nuage de fumée dans le ciel, là où un avion de transport militaire éthiopien survolait un village quelques minutes plus tôt, avant d’être touché par un missile. La fumée se transforme en flammes quand l’appareil atteint se casse en deux et pique vers le sol. Plus tard, sur un terrain caillouteux jonché de débris fumants, des paysans fouillent parmi les morceaux de cadavres et les bouts de métal tordus. Pour les combattants tigréens, c’est un signe.

“Bientôt, nous allons gagner”, lance Azeb Desalgne, 20 ans, AK-47 sur l’épaule. La destruction de cet avion, qui a eu lieu le 22 juin, a clairement démontré que le conflit au Tigré, une région du nord de l’Éthiopie, était sur le point de basculer de façon spectaculaire. Depuis huit mois, la guérilla tigréenne se battait pour repousser l’armée éthiopienne, dans une guerre civile marquée par les atrocités et la famine. Et maintenant, les combats semblent tourner en sa faveur.

La guerre a éclaté en novembre, quand les tensions qui couvaient entre le Premier ministre Abiy Ahmed et les dirigeants du Tigré, membres d’une petite minorité ethnique qui avait dominé le pays pendant l’essentiel des trente années précédentes, ont dégénéré en affrontements ouverts.

Depuis, personne ou presque n’a pu savoir ce qui se déroulait sur place, du fait d’un black-out sur les communications tandis que la communauté internationale protestait face à la crise humanitaire grandissante. Mais à un moment clé du conflit, j’ai pu passer une semaine derrière les lignes de front en compagnie du photographe Finbarr O’Reilly, et ainsi être le témoin d’une succession de victoires tigréennes qui ont culminé avec la reconquête de la capitale de la région par les Tigréens, inversant le cours de la guerre.

Nous avons vu comment les forces tigréennes, équipées de bric et de broc, ont réussi à surclasser une des armées les plus puissantes d’Afrique, en exploitant une vague de colère dans la population. Quand ils sont entrés en guerre, les Tigréens eux-mêmes étaient divisés, beaucoup se méfiant du parti tigréen au pouvoir, considéré comme usé, autoritaire et corrompu. Mais le conflit s’est accompagné d’un catalogue d’horreurs – massacres, nettoyage ethnique et violences sexuelles généralisées – qui a uni les Tigréens contre le gouvernement d’Abiy, et attiré de jeunes recrues très motivées au nom d’une cause aujourd’hui soutenue par la majorité de la population locale.

Lutter jusqu’en enfer

“On dirait un raz-de-marée, déclare Hailemariam Berhane, un officier, alors que passent plusieurs milliers de jeunes hommes et femmes, beaucoup en jeans et baskets, en route pour un camp destiné aux nouvelles recrues. Tout le monde vient ici.”

Abiy, lauréat du prix Nobel de la Paix en 2019, joue son prestige dans la campagne du Tigré, et minimise ses pertes. Dans un discours plein d’assurance prononcé devant le Parlement le 6 juillet, digne de ceux qui suscitaient autrefois l’admiration des Occidentaux, Abiy a affirmé que le repli de ses troupes au Tigré était prévu – qu’il s’agissait de la dernière phase d’un combat que le gouvernement était en train de remporter.

Mais quand on est sur le terrain, on a surtout l’impression que le Tigré échappe à son emprise. Depuis la mi-juin, en trois semaines, les combattants tigréens ont reconquis une vaste portion de leur territoire ; repris Mekele, la capitale de la région ; capturé au moins 6 600 soldats éthiopiens – et prétendent en avoir tué à peu près trois fois plus.

Ces derniers jours, les dirigeants tigréens ont développé leur offensive dans d’autres parties de la région, et ont juré de n’y mettre fin que quand toutes les forces étrangères en auraient été chassées : les Éthiopiens, les unités alliées de l’Érythrée voisine et les milices ethniques de la région d’Amhara, qui jouxte le Tigré. “S’il le faut, nous irons jusqu’en enfer”, a promis un des hauts responsables tigréens, Getachew Reda. Les services de presse d’Abiy et de l’armée éthiopienne se sont abstenus de répondre à nos questions.

Des milliers de 

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Declan Walsh

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C’est le journal de référence des États-Unis, dans la mesure où les télévisions ne considèrent qu’un sujet mérite une couverture nationale que si The New York Times l’a traité. Son édition dominicale (1,1 million d’exemplaires) est distribuée dans l’ensemble du pays – on y trouve notamment The New York Times Book Review, un supplément livres qui fait autorité, et l’inégalé New York Times Magazine. La famille Ochs-Sulzberger, qui, en 1896, a pris le contrôle de ce journal créé en 1851, est toujours à la tête du quotidien de centre gauche.
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