Les talibans adoptent un ton conciliant, les évacuations se poursuivent à l’aéroport de Kaboul

Deux jours après son arrivée victorieuse à Kaboul, le mouvement islamiste a déclaré mardi vouloir des relations pacifiques avec les autres pays, promis de ne pas mener des représailles contre la population afghane et assuré qu’il allait respecter les droits des femmes “dans le cadre de l’islam”.

Les talibans, lors de leur première conférence de presse depuis leur prise de pouvoir dimanche en Afghanistan, ont déclaré, mardi 17 août, que la guerre était finie dans le pays et affirmré que le mouvement islamiste n’exercerait pas de représailles contre la population, rapporte Al-Jazeera

“La guerre est terminée, (le chef des talibans) a amnistié tout le monde”, a déclaré le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid.

Le porte-parole des talibans apparaissait en public “pour la première fois en vingt ans”, comme le relève l’agence de presse afghane Khaama Press. Il s’exprimait depuis Kaboul “devant un parterre de journalistes”, “dans la même salle que celle que le gouvernement afghan utilisait autrefois pour informer les médias”, note le New York Times. “Seul le drapeau était différent : le drapeau blanc des talibans avait remplacé le drapeau afghan.” Cette prise de parole télévisée avait lieu alors qu’une délégation dirigée par le mollah Abdul Ghani Baradar, cofondateur et chef politique des talibans, est arrivée mardi soir dans la ville méridionale de Kandahar, bastion des islamistes, en provenance du Qatar, précise le Financial Times

“Campagne de communication sophistiquée”

Zabihullah Mujahid a déclaré que des négociations étaient en cours pour former un gouvernement “inclusif”. Il a assuré que l’Afghanistan ne constituerait pas une menace pour quelque pays que ce soit. Interrogé sur le risque que le pays accueille des combattants d’Al-Qaïda ou d’autres extrémistes, M. Mujahid a dit que “le sol afghan ne sera utilisé contre personne”.

Les femmes pourront travailler et étudier et “seront très actives dans la société, mais dans le cadre de l’islam”, a-t-il déclaré. Il a ajouté que les médias seraient autorisés à fonctionner normalement mais leur a demandé de rester impartiaux, indépendants et de ne pas violer les principes islamiques et les valeurs nationales.

Le porte-parole des talibans a réaffirmé qu’une amnistie “pour tous” avait été décidée. “Tous ceux qui sont dans le camp opposé sont pardonnés de A à Z”, a-t-il assuré. “Nous ne chercherons pas à nous venger.”

“Les talibans lancent une offensive de charme”, décrypte pour la BBC la spécialiste des groupes djihadistes Mina al-Lami. “Les talibans mènent une campagne de communication sophistiquée sur de multiples plates-formes et dans plusieurs langues, afin de gagner le cœur et l’esprit des Afghans et de la communauté internationale.”

Toutefois, corrige le New York Times, plusieurs témoignages indiquent “que des femmes ont reçu l’ordre de quitter leur bureau et de se couvrir entièrement lorsqu’elles sont en public”, et que “les talibans ont confisqué des biens”. Les insurgés “sont également accusés d’un grand nombre de meurtres” et règlements de comptes ces derniers jours, en particulier dans la province de Kandahar.

Reprise des évacuations et “semblant de normalité” à Kaboul

La conférence de presse du groupe islamiste visait à rassurer les Afghans, “après les scènes chaotiques qui se sont déroulées à l’aéroport lundi, lorsque des milliers d’habitants paniqués ont envahi le tarmac pour fuir le pays”, explique le Financial Times. Mardi, les vols d’évacuation ont repris à Kaboul, et de nombreux pays s’activaient pour rapatrier leurs ressortissants.

Et au troisième jour du retour au pouvoir des talibans, “la vie semblait revenir à un semblant de normalité” dans la capitale afghane, écrit le New York Times.

Les magasins étaient ouverts et la circulation était de nouveau animée, même si les voitures étaient parfois arrêtées par des combattants. (…) Les femmes étaient habillées avec juste un peu plus de pudeur, avec des robes plus amples et des foulards plus serrés – et rien n’indiquait que les talibans s’apprêtaient à réimposer la burqa, comme ils l’avaient fait dans les années 1990. À la télévision, on pouvait voir des femmes journalistes faire des reportages dans les rues et interviewer des membres des talibans en studio. Les radiodiffuseurs semblaient faire preuve de prudence lorsqu’il s’agissait de musique, interdite sous le précédent régime taliban, en diffusant des chansons à tendance religieuse.”

Un G7 virtuel sur l’Afghanistan la semaine prochaine

Les États-Unis se sont dits prêts mardi à maintenir leur présence diplomatique à l’aéroport de Kaboul après la date limite de retrait fixée au 31 août si les conditions le permettent. “Si (la situation) est sûre, et si c’est responsable pour nous de rester plus longtemps, nous pourrions envisager cela”, a déclaré le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price.

Washington pourrait reconnaître un gouvernement taliban s’il “préserve les droits fondamentaux de son peuple (…) y compris de la moitié de sa population – ses femmes et ses filles”, et qu’il “n’offre pas de refuge aux terroristes”, a ajouté Ned Price. L’Union européenne “devra parler” aux talibans “aussi vite que nécessaire”, car ces derniers “ont gagné la guerre” en Afghanistan, a pour sa part déclaré Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne.

Pendant que les pays occidentaux intensifiaient leurs efforts pour fermer les ambassades et évacuer les civils d’Afghanistan, la Chine et la Russie “courtisaient les talibans”, note Forbes.

Le président américain, Joe Biden, et le Premier ministre britannique, Boris Johnson, ont convenu lors d’un entretien téléphonique mardi de participer la semaine prochaine à un sommet virtuel du G7 sur l’Afghanistan pour “discuter d’une approche et d’une stratégie commune”.