« On a des victimes de plus en plus jeunes », confirme Bruno Bartocetti du syndicat Unité SGP police-FO

Une fusillade a eu lieu mercredi soir à Marseille dans laquelle un adolescent de 14 ans est mort. Un jeune âge qui ne surprend pas Bruno Bartocetti. « On a des victimes de plus en plus jeunes », confirme le secrétaire national du syndicat Unité SGP police-FO, chargé de la zone Sud, jeudi 19 août sur franceinfo. Selon lui, « cette jeunesse évolue sous fond de stupéfiants, c’est leur seul repère ». Il explique également qu’il y a actuellement une volonté de « récupération des territoires » notamment entre les dealers des quartiers Nord et les quartiers Sud.

franceinfo : Que vous pouvez-nous dire sur cette nouvelle fusillade mortelle à Marseille ?

Bruno Bartocetti : On peut supposer que cela a lieu sur fond de règlements de comptes ou de tentatives d’occupation de terrain. D’après les éléments qu’on a, il y avait deux individus sur une moto. Le passager a fait feu, en a blessé un mortellement, le deuxième est blessé à la jambe, un jeune mineur de 14 ans. Et puis il y a une victime collatérale de huit ans, égratigné à la suite de ces tirs sous forme de ricochets, heureusement épargné de blessures graves. On voit donc un gosse de 8 ans à 22h30 dans une cité sensible. Il y a vraiment un gros problème aujourd’hui dans cette jeunesse qui est désoeuvrée et qui, pour une partie de cette jeunesse, évolue sous fond de stupéfiants, c’est leur seul repère.

Les victimes sont très jeunes, c’est un phénomène récurrent ?

Oui, on a des victimes de plus en plus jeunes.

« Les parents ne tiennent pas le rôle de parents, mais eux-mêmes déjà ont été abandonnés, ils sont dans l’incapacité de tenir leurs jeunes enfants dans les appartements. »

Bruno Bartocetti, secrétaire national du syndicat Unité SGP police-FO

à franceinfo

Une cité sensible c’est une cocotte-minute aujourd’hui. Quatorze ans, effectivement nous sommes choqués par cet âge, mais nous ne sommes pas surpris. Lorsque vous avez un gamin de 7-8 ans qui évolue dans ces quartiers à 23 heures le soir, son seul avenir malheureusement c’est de commencer à guetter dès l’âge de 10 ans, et voilà où on en est aujourd’hui. On a tiré la sonnette d’alarme depuis longtemps. Comment on va réagir ? J’espère efficacement, avec une volonté qui sera toute autre que politique, c’est-à-dire une volonté de travailler sur du long terme, mais certainement pas sur du court terme. On doit être présent dans ces cités, mais pas que la police, il y a tout un système éducatif à refaire. Nous, nous ne sommes pas des éducateurs. Nous sommes là, bien sûr, pour être présents à titre préventif et dans un cadre de dissuasion, en plus de notre rôle répressif. Aujourd’hui, la population a besoin d’être soutenue et c’est dans ce sens qu’on doit travailler parce que la présence policière sera une chose importante pour rassurer la population. Elle ne sera pas suffisante, en tout cas, pour repousser ce trafic de stupéfiants. Le sujet est beaucoup plus large.

Le ministre de l’Intérieur parle d’une « guerre des territoires que des cités peuvent se livrer pour récupérer des points de deal très rémunérateurs » qui sont « sans doute une des raisons de ces attaques à main armée qui touchent des jeunes ». Vous êtes d’accord ?

Oui, absolument, il y a une forme de récupération des territoires. Mais le nouveau phénomène c’est que l’acheteur ne se déplace plus, ou se déplace de moins en moins. Avant lorsqu’on parlait de Marseille en matière de stup on parlait des quartiers Nord, aujourd’hui vous avez ce phénomène dans les quartiers Sud, c’est-à-dire que des réseaux se déplacent et vont vers les acheteurs. Bien sûr, ça contrarie ceux qui ont déjà leur place dans certains territoires des quartiers Sud, même s’ils étaient moins nombreux que dans les quartiers Nord. Et c’est là où on part sur des guerres de territoires. Après, vous avez des règlements de comptes et tout ceci fait que nous avons un nombre de plus en plus important de victimes. On a beaucoup de règlements de comptes cet été en région Paca, notamment à Marseille ou dans le Vaucluse.