“Tout le monde devrait accepter un poste à l’étranger une fois dans sa carrière”

Toutes les expatriations ne sont pas forcément des réussites, mais toutes permettent de mieux se connaître. C’est ce que conclut de sa propre expérience ce chroniqueur du Times.

À mes débuts de journaliste, j’ai passé du temps à l’étranger et j’en ai bavé. J’aurais préféré ne pas attraper un parasite qui m’a fait vomir tripes et boyaux. Je me serais bien passé de rompre avec ma copine par téléphone et de manquer les derniers mois de mon meilleur ami avant son décès. J’ai détesté les soirs où je ne pouvais pas apaiser mon mal du pays en passant un coup de fil ou deux, à cause du décalage horaire entre les États-Unis et le Royaume-Uni.

Après cette première mission, un autre poste à l’étranger m’a été proposé et je l’ai refusé sans la moindre hésitation. Et j’ai conservé depuis mon aversion pour toute forme d’expatriation. Je continue de recevoir de temps à autre un message furieux au sujet d’un article écrit il y a quelques années sur les “Filth”, un acronyme tombé en désuétude qui se voulait insultant pour les expatriés, car il signifie “Failed in London, Try Hong Kong” – autrement dit, “Ceux qui ont échoué à Londres tentent leur chance à Hong Kong” [le mot filth désigne par ailleurs la “crasse” en anglais]. Il est aussi possible que j’aie pesté il y a quelques mois, dans un autre article, sur les trop nombreux utilisateurs d’Instagram qui confondent voyager et avoir une personnalité.

Partir pour mieux revenir

Mais pour tout vous dire, je commence à douter. Je me demande même si tout le monde ne devrait pas accepter un poste à l’international au cours de sa vie professionnelle. Et si je me fais cette réflexion, c’est notamment à cause de la pandémie. L’impossibilité de partir en déplacement professionnel m’a fait comprendre que j’en avais peut-être besoin : quitter son chez-soi, son pays, permet de mieux l’apprécier. Ou, comme l’a écrit Terry Pratchett dans son roman Un Chapeau de ciel :

Pourquoi est-ce que tu t’en vas ? Pour que tu puisses revenir. Que tu revoies ton pays d’origine avec des yeux neufs et des couleurs en plus.”

[…]

Sathnam Sanghera

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