Une contrainte, mais à qui la faute ?

On va connaître, dès ce samedi, les premiers effets de la validation du pass sanitaire et de la vaccination obligatoire des soignants par le Conseil constitutionnel. Certes, quel que soit le gouvernement en place, la coutume consiste à affirmer que ce n’est pas la rue qui décide de la politique du pays. Mais les contre-exemples ne manquent pas, dont le plus récent d’entre eux, celui des gilets jaunes qui avaient contraint l’exécutif à largement ouvrir les vannes budgétaires.

Il ne s’agit pas cette fois de pouvoir d’achat mais de liberté publique. Les Sages de la rue Montpensier ont jugé que les mesures sanitaires décidées pour juguler la folle course du variant delta étaient compatibles avec les lois de la République et ne transformaient pas le pays en dictature, dirigée par des tortionnaires armés de seringues. Dont acte.

« Le civisme et la santé réclament des efforts, assez peu drastiques on en conviendra, quand il s’agit juste de recevoir une double piqûre »

La mise en service du pass sanitaire va-t-elle gonfler les cortèges du samedi dont l’effectif n’a, pour l’instant, pas de quoi paniquer le gouvernement ? Va-t-elle aussi priver des hôpitaux, déjà en surchauffe, d’une partie du personnel appelée à faire grève pour protester contre la vaccination obligatoire ? C’est un peu comme si des pompiers posaient leur lance à terre devant un feu de forêt.

Difficile quand même de croire au succès d’un mouvement hétéroclite mené par des « losers » politiques, abonnés à des scores lilliputiens et prêts à toutes les contorsions opportunistes, ou par des « artistes », qu’on ne connaît désormais plus que pour leurs ruades verbales et non leurs chansons ou leurs sketches.

Que le pass sanitaire soit une contrainte, qui peut en douter ? Qui peut de même imaginer que des millions de Français sont allés, juste pour le plaisir, se faire vacciner ? On ne se rend pas chez un médecin comme on va voir un film ou une exposition. Le civisme et la santé réclament des efforts, assez peu drastiques on en conviendra, quand il s’agit juste de recevoir une double piqûre. Pourquoi ne se focalise-t-on que sur les désagréments, incontestables, causés aux professionnels comme les cinémas et les restaurateurs, ou à ceux qui seront privés, eux de leur plein gré, de l’indispensable sésame ?

Il n’y a rien de plaisant à devoir subir le regard numérique d’un QR code pour avoir le droit d’un demi ou d’un musée. Ceux qui ont le plus de raisons d’être en colère sont en fait les Français qui, sans rouscailler, se sont fait vacciner pour barrer la route au Covid et doivent aujourd’hui exhiber un certificat parce qu’une minorité de réfractaires ou de complotistes, pour de faux arguments médicaux et de vraies motivations politiques, cherchent à saboter la seule arme efficace contre le virus. Il est temps de le comprendre !