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La “trahison” de Biden sera lourde de conséquences à l’international, prévient la presse américaine

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Au terme de 20 ans de présence en Afghanistan, la plus longue guerre menée par Washington s’achève par une victoire spectaculaire des talibans. La presse américaine se montre très critique vis-à-vis de la stratégie de Biden : l’accusant d’avoir “trahi” les Afghans, elle redoute que le retrait américain ne sape la confiance que les alliés plaçaient dans les États-Unis.

“C’est donc la fin de l’ère américaine en Afghanistan”, résume le New York Times. Face à la victoire spectaculaire des talibans dimanche, la presse américaine se montre très critique vis-à-vis de l’action de Joe Biden.“À Washington, des responsables estiment que la vitesse de l’effondrement du régime a pris l’administration par surprise et l’a laissée avec la prise de conscience que M. Biden restera dans l’histoire comme le président qui a dirigé un acte final humiliant au sein d’un chapitre américain en Afghanistan long et tourmenté”, souligne le New York Times.

Le Washington Post s’étonne, lui, qu’un président “connu pour son empathie” et “ayant la larme facile”, ait décidé d’approcher aussi “froidement” la débâcle en Afghanistan, abandonnant derrière lui un gouvernement allié et des civils aux talibans. Interrogé samedi sur sa décision de mettre fin à 20 ans de guerre alors que le groupe islamiste se trouvait aux portes de Kaboul, Biden avait affirmé qu’une “année ou cinq années de plus de présence militaire américaine n’auraient fait aucune différence, quand l’armée afghane ne peut ou ne veut pas défendre son propre pays”.

“Rejeter toute la faute sur le peuple afghan est non seulement injustifiable mais scandaleux”

“Je peux comprendre la frustration qu’éprouvent les décideurs américains vis-à-vis de leurs partenaires du gouvernement de Kaboul depuis vingt ans. La route a été très cahoteuse”, note le journaliste du New Yorker Steve Coll dans un entretien au magazine américain. “Mais suggérer que le peuple afghan n’a pas fait sa part est une manière de rejeter toute la faute sur lui, ce qui à mon avis, est non seulement injustifiable mais scandaleux. Les Afghans ont maintenant subi génération après génération non seulement une guerre continue, mais aussi des crises humanitaires, l’une après l’autre, et les Américains doivent se rappeler que ce n’était pas une guerre civile que les Afghans ont déclenchée entre eux”, souligne-t-il.

Pour Steve Coll, “cette situation a été déclenchée par une invasion extérieure, d’abord par l’Union soviétique, pendant la guerre froide, et depuis lors, le pays a été un champ de bataille pour les puissances régionales et mondiales cherchant à assurer leur propre sécurité en intervenant militairement en Afghanistan”. Ce fut le cas notamment “des États-Unis après 2 001” ou encore de “la CIA dans les années 80”, rappelle le journaliste. “Accuser les Afghans de ne pas se ressaisir à la lumière de cette histoire est tout simplement faux”, conclut-il.

Une image ternie à l’international

Nombreux sont les journaux américains à évoquer la “trahison” des Américains à l’égard des Afghans restés sur place. “Notre abandon des Afghans qui nous ont aidés, qui ont compté sur nous, misé leur vie sur nous, est une honte que nous aurions pu éviter”, écrit notamment le journaliste de The Atlantic, George Packer. L’administration Biden n’a pas tenu compte des avertissements concernant l’Afghanistan, n’a pas agi face à l’urgence et son échec a laissé des dizaines de milliers d’Afghans à un sort terrible […]. Le fardeau de la honte incombe au président Joe Biden.”

Le retrait des Américains d’Afghanistan risque d’être lourd de conséquences pour les États-Unis et pour le monde, pointe de son côté le journaliste Debasish Roy Chowdhury dans une analyse publiée dans le magazine Time. “Le retour des talibans fait peser de nouveaux risques sécuritaires sur l’ensemble de la région. Il marque la création d’un nouveau foyer de terreur djihadiste au cœur de l’Asie, attirant des combattants islamistes de toute l’Asie du Sud et du Sud-Est, faisant même planer le spectre d’un regroupement de Daesh”, note-t-il.

Comme de nombreux autres commentateurs, le journaliste redoute aussi que ce retrait américain désastreux n’affaiblisse l’image des États-Unis sur la scène internationale en sapant la confiance que ses alliés plaçaient en eux. “Les Chinois n’ont pas tardé à se saisir de la débâcle pour mettre en lumière le manque de fiabilité de l’Amérique en tant que partenaire”, remarque Debasish Roy Chowdhury. Une analyse publiée par le quotidien d’État chinois Global Times, connu pour son ton nationaliste, estime que l’Afghanistan illustre combien Washington serait “un acteur pas digne de confiance, qui abandonne toujours ses alliés dans la quête de ses propres intérêts”.

Noémie Taylor-Rosner

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