Politiqueincertitudes autour du rapatriement des auxiliaires de l’armée française

incertitudes autour du rapatriement des auxiliaires de l’armée française

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Le retour au pouvoir des talibans inquiète sur le sort des Afghans ayant travaillé pour la France. Car selon les insurgés, « travailler pour une armée étrangère, c’est être un traître ». Près de 800 personnes sont concernées

Le sort des Afghans employés par l’armée française pendant ses opérations dans leur pays fait l’objet depuis des années de nombreuses polémiques, leurs soutiens accusant la France d’avoir failli à son devoir de protection en répugnant à leur accorder des visas.

Quelques heures après le retour des talibans au pouvoir en Afghanistan, Emmanuel Macron a réitéré lundi soir, lors d’une allocution télévisée, l’engagement de la France à « protéger ceux qui ont travaillé pour elle ».

« Pour les talibans, nous étions des espions. S’ils nous trouvent, ils nous tuent ». Mohammed Ajan, ancien interprète pour les soldats français, vit dans l’angoisse. Ses 5 demandes de visa, la dernière formulée il y a quelques semaines, n’ont jamais abouti.https://t.co/9JzEpXGO2v

— Nassira El Moaddem (@NassiraELM) August 17, 2021

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La France a lancé lundi l’opération d’évacuation de ses derniers ressortissants d’Afghanistan, alors qu’Emmanuel Macron a prévenu les talibans qu’ils feraient « le choix d’une misère sans fin » s’ils optaient pour « l’obscurantisme », notamment envers les Afghanes

Qui sont ces auxiliaires afghans ?

De 2001 à 2014, 770 personnels civils de recrutement local (PCRL) ont collaboré avec l’armée française en tant qu’interprètes, chauffeurs ou employés de maison en Afghanistan.

« Le plus gros du contingent concerne des cantiniers, des opérateurs radio, toutes les petites mains », détaille Me Romain Chilly, un avocat français dont le cabinet assiste une trentaine d’entre eux. S’y ajoutent des centaines de membres de leurs familles.

Pourquoi sont-ils menacés ?

Aux yeux des talibans, « travailler pour une armée étrangère, c’est être un traître », explique Me Romain Chilly. « S’ils sont arrêtés, torturés ou violés, ce n’est pas parce qu’ils sont afghans mais parce qu’ils ont un lien avec la France », résume sa consœur Me Affef Ben Mansour, qui défend deux familles afghanes.

Début juin, les insurgés ont appelé les interprètes afghans des forces internationales à « se repentir » mais à rester en Afghanistan après le départ des troupes occidentales. Ils ont assuré qu’ils ne courraient « aucun danger de leur part ». Fin juin pourtant, un ancien employé des forces françaises, Abdul Basir, 33 ans et père de cinq enfants, a été retrouvé mort par balle dans la province du Wardak.

Quelle protection leur a offert la France ?

Emmanuel Macron a affirmé lundi soir que « près de 800 personnes sont déjà sur le sol français » dans le cadre de ce « devoir » de protection.

L’Élysée a précisé qu’entre 2001 et 2014, la France a accueilli plus de 800 civils ayant travaillé aux côtés de l’armée française lors de son engagement en Afghanistan (civils et familles compris). « Plusieurs dizaines de personnes sont encore sur place, qui ont aidé l’armée française et pour lesquelles nous restons pleinement mobilisés », a assuré le chef de l’État.

Ces dernières années, les avocats français de nombreux PCRL se sont régulièrement émus du refus opposé par les autorités ou la justice administrative à leurs demandes de visas, au motif que les éléments produits pour leur demande ne permettent pas « d’attester la réalité des craintes » qui pèsent sur leur vie. Après son élection, Emmanuel Macron avait demandé un « réexamen » de la situation des auxiliaires afghans. Selon Me Romain Chilly, l’État français « est plus réticent » à délivrer un visa pour la France aux « petites mains » qu’aux « traducteurs qui ont été vraiment exposés sur le terrain ».

Parmi les PCRL, « beaucoup ont pris la route des migrants par leurs propres moyens ces dernières années via l’Inde, le Pakistan, l’Iran », assure Me Antoine Ory, conseil d’une vingtaine d’entre eux. L’avocat a déposé d’octobre 2019 à juillet 2021 une douzaine de référés devant le tribunal administratif, tous rejetés, selon lui. « Il faut prouver un niveau de menace qui est impossible à établir », dit-il. Par ailleurs, selon l’Élysée, entre mai et juillet 2021, 625 personnes ayant travaillé pour l’ambassade de France à Kaboul ont été accueillies en France dans de bonnes conditions (employés et familles compris).

Comment rapatrier dans l’urgence ?

« Le ministère des Affaires étrangères nous a transmis une adresse mail hier (lundi) en nous disant ‘envoyez-nous la liste des PCRL et de leurs familles encore sur place’», a affirmé mardi Me Romain Chilly. « On accueille positivement ses promesses, les mêmes qu’en 2017, mais on espère que sur le plan logistique, la France pourra faire en sorte que les PCRL seront bien en mesure d’accéder à l’aéroport et de prendre un avion. »

« On a déjà envoyé à l’ambassade une liste, mais les 85 auxiliaires encore en attente de visa n’ont aucune nouvelle pour l’instant, ils ne savent pas s’ils doivent aller à l’aéroport ou à l’ambassade », a témoigné Adel Abdul Raziq, président de l’Association des anciens auxiliaires de l’armée française.

« Pour l’instant, l’aéroport est sous contrôle des Américains et personne ne peut rentrer », affirme l’ancien traducteur. Le gouvernement allemand s’est inquiété mardi que des postes de sécurité aient été « mis en place par les talibans » autour de l’aéroport et entravent le départ d’Afghans.

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