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La lanceuse d’alerte Frances Haugen pousse le Congrès à agir contre Facebook

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L’ancienne ingénieure de 37 ans a décrit, avec calme et précision, devant une commission du Sénat, la situation d’une entreprise qui a renoncé, selon elle, aux principes moraux au nom du profit. Le Congrès a promis de mieux réguler le géant californien.

C’est un aperçu “rare” et “sans fard” du “fonctionnement interne du plus grand réseau social du monde” qu’a livré mardi l’ancienne ingénieure de Facebook Frances Haugen, estime le New York Times.

La lanceuse d’alerte, qui a travaillé deux ans au sein de la compagnie californienne, a témoigné pendant plus de trois heures devant la commission au Commerce du Sénat. S’appuyant sur des documents qu’elle a emportés avec elle au printemps dernier et qui ont été en partie présentés par le Wall Street Journal mi-septembre, Frances Haugen a notamment affirmé que Facebook avait délibérément caché des recherches préoccupantes sur l’impact négatif du réseau social sur la santé mentale des adolescentes.

Interrogée sur une version d’Instagram pour les moins de 13 ans, projet officiellement suspendu fin septembre, l’ingénieure a déclaré qu’elle ne voyait pas Facebook y renoncer. Elle a aussi pointé du doigt la responsabilité du cofondateur de Facebook Mark Zuckerberg, l’accusant de contrôler “de manière unilatérale” l’entreprise et d’être “le concepteur en chef des algorithmes”.

Une audition qui met d’accord républicains et démocrates

Le témoignage de Frances Haugen pourrait bien “s’avérer être l’audition devant le Congrès la plus importante à ce jour” concernant Facebook, estime le magazine Slate. Si elle “n’a pas révélé grand-chose de nouveau par rapport à ce qu’elle avait déjà divulgué au Wall Street Journal”, elle a fait apparaître pour la première fois un consensus entre républicains et démocrates. “Alors que par le passé, les parlementaires étaient largement divisés selon des lignes partisanes [les républicains reprochant notamment à Facebook ses préjugés anti-conservateurs], cette fois, ils ont semblé être d’accord sur le fait que les algorithmes de l’entreprise pourraient causer des dommages aux utilisateurs du réseau social”.

“Cette audition marque le début d’une nouvelle crise pour Facebook à Washington, qui a galvanisé” mardi “les parlementaires des deux bords”, renchérit le Washington Post. “À plusieurs reprises, les sénateurs ont comparé l’entreprise à Big Tobacco, une industrie qui fournit des produits addictifs et rentables mais au final mauvais. L’industrie du tabac a finalement été restreinte par une loi historique, une initiative que les législateurs ont promis de reproduire”, conclut le quotidien américain.

“L’époque durant laquelle vous avez envahi notre vie privée, promu des contenus toxiques et utilisé des enfants et des adolescents est révolue. Le Congrès va agir”, a notamment tonné le sénateur démocrate Ed Markey tandis que le parlementaire Richard Blumenthal a lui qualifié Frances Haugen de “catalyseur pour le changement”.

Mark Zuckerberg rompt son long silence

Un porte-parole de Facebook a réagi, sur Twitter, en soulignant que Frances Haugen n’avait “pas travaillé sur la protection des enfants (chez Facebook) ou sur Instagram […] et n’a pas de connaissance directe de ces sujets provenant de son travail”, au sein de l’entreprise californienne.

“Facebook a choisi de répondre à la lanceuse d’alerte Frances Haugen de la manière la plus lâche possible”, estime The Verge. “En cachant Mark Zuckerberg, l’homme responsable des décisions de Facebook et en entamant un processus visant à salir et discréditer Haugen”, souligne le magazine, une tactique similaire à celle utilisée, selon lui, par l’industrie du tabac dans les années 1990.

Le patron du réseau social, qui n’a pas réagi aux documents divulgués par le Wall Street Journal, a toutefois fini par sortir du silence mardi soir, rapporte USA Today. “L’argument selon lequel nous mettons délibérément en avant du contenu qui rend les gens en colère, pour des profits, est complètement illogique”, a-t-il critiqué. “Nous faisons de l’argent avec les publicités, et les annonceurs nous disent sans arrêt qu’ils ne veulent pas leurs publicités au côté de contenus nuisibles ou véhéments. Et je ne connais aucune compagnie technologique qui se fixe de développer des produits rendant les gens en colère ou déprimés”, a-t-il conclu.

Noémie Taylor-Rosner

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