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Vu d’Ukraine. “Dénazification”, la formule magique de Poutine a-t-elle fonctionné ?

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La rhétorique du président russe ne doit tromper personne, s’emporte cet éditorialiste ukrainien. L’Ukraine n’a rien à voir avec le nazisme et si génocide il y a, c’est Moscou, qui viole toutes les règles de conduite de la guerre, qu’il faut accuser. Les démocraties occidentales sont en train de le comprendre, veut-il croire.

Imaginez un peu : Poutine a lancé une guerre de grande envergure contre l’Ukraine, en commençant par tuer des civils, dont des enfants, pour… faire des Ukrainiens des gens libres. C’est ce qu’a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, lors d’une rencontre avec ses “collègues” des républiques autoproclamées de Louhansk et Donetsk :

Concernant notre obligation en tant qu’allié, le président Poutine a pris la décision de mener une opération miliaire spéciale de démilitarisation et de dénazification de l’Ukraine, afin que, une fois libérés de cette oppression, les Ukrainiens puissent librement décider de leur avenir.”

Autrement dit, en perdant leur armée, les Ukrainiens pourront aussitôt “librement décider de leur avenir”… Chez qui a un peu de jugeote, une question se pose tout de suite : et pourquoi la Russie ne peut-elle montrer l’exemple, pourquoi ne peut-elle procéder à sa propre démilitarisation, complète et définitive ?

Des formules magiques destinées aux démocraties

Mais intéressons-nous de plus près à un point particulier : le terme de “dénazification de l’Ukraine”, qui ces derniers temps revient sans cesse dans les déclarations de Poutine et de son entourage. Ainsi que leurs nombreuses accusations de “génocide du peuple du Donbass” prétendument commis par Kiev. Ces “formules magiques” ne sont pas seulement destinées à l’intérieur de la Russie, mais aussi à l’extérieur, pour le monde démocratique.

Donc, Poutine et les intellectuels à son service ont trouvé suffisamment utile cette terminologie qui, dans leur idée, pouvait servir de bonne couverture à l’agression russe et à l’exécution de centaines de milliers d’Ukrainiens au moins. Ce qui, pour le coup, est effectivement du “nazisme” et un “génocide”.

Il faut souligner que cette terminologie, ces dernières décennies, a été utilisée abondamment en Occident. En bref, le nazisme y est identifié au nationalisme dans toutes ses expressions. Ainsi, Israël, unique pays démocratique du Moyen-Orient, est assez souvent décrit comme nazi dans la presse occidentale de gauche. Nous avons aussi l’identification antiscientifique classique : “sionisme” (un nationalisme) = “nazisme”.

Au mépris des règles de la guerre

Il semble que ce plan ait en partie fonctionné – du moins, pendant le premier jour de l’invasion. Voilà le paradoxe de la situation. La conscience de masse est conservatrice, elle réagit lentement au changement, et les dirigeants des démocraties dépendent de cette conscience de masse et de l’électorat populaire. Par conséquent, ils ont été obligés de prendre en compte les paroles utilisées par Poutine et rediffusées par les médias sous le contrôle du Kremlin au sujet du “nazisme” et du “génocide” en Ukraine. Mais pas longtemps.

Poutine et ses militaires ont eux-mêmes aidé à faire disparaître ce complexe du “mode mental” occidental. Les images du front transmises par les télévisions occidentales ont été trop parlantes, le mépris absolu des règles écrites et tacites de la conduite de la guerre a été impossible à nier, comme les tirs de missiles balistiques sur les villes ukrainiennes.

Enfin, l’armée russe a en peu de temps réussi à commettre une telle quantité de crimes de guerre que toutes les accusations de “néonazisme” à l’encontre des combattants ukrainiens qui défendaient leurs villes face ces criminels ornés du ruban tricolore [les trois couleurs de la Russie, blanc-bleu-rouge] se sont effondrées.

Et l’assassinat d’enfants par les occupants…

C’est quoi cette guerre contre les enfants ukrainiens dans les jardins d’enfants ? Eux aussi, ce sont des néonazis dans les écoles maternelles ? Ou des soldats de l’Otan qui menaçaient la Russie ? Les enfants tués et blessés prononcent la sentence de cette invasion”.

Ces déclarations du président Zelensky décrivent avec justesse ces actes qui ont retourné contre elles les accusations poutiniennes, et mené à une réévaluation des actes des agresseurs et à leur condamnation. Il semble que la tentative d’utiliser les interdits et les stéréotypes de la mentalité occidentale moderne ait échoué.

Vraisemblablement, dans un futur proche, cela pourrait favoriser une certaine refonte des fondations de cette mentalité, et le nationalisme démocratique, qui va cesser d’être identifié au nazisme, va retrouver une place digne dans le système de valeurs politiques, tandis que le communisme et l’impérialisme russes ne trouveront plus jamais d’avocats dans les rangs des intellectuels, si ce n’est parmi les agents contractuels du Kremlin.

Serhiy Hrabovskiy

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Source

“Le Jour”, publication lancée en 1996, se veut le fer de lance de la nouvelle génération de la presse ukrainienne, plus critique, plus moderne et plus professionnelle.
Den version russe : http://www.day.kiev.ua/rus/

[…]

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