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Kamel Daoud et Raymond Depardon à l’IMA, le dialogue de la plume et du regard

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À l’occasion des 60 ans de l’indépendance algérienne, l’Institut du monde arabe propose à Paris l’exposition “Son œil dans ma main”, qui croise les photos de Raymond Depardon et les textes de l’écrivain Kamel Daoud. La presse algérienne est enthousiaste.

À l’approche du 60e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, c’est une l’exposition exceptionnelle qui est à voir à l’Institut du monde arabe (IMA), à Paris, jusqu’au 17 juillet. “Son œil dans ma main. Algérie 1961-2019. Raymond Depardon – Kamel Daoud” enchevêtre le regard du photographe et cinéaste français Raymond Depardon avec les mots du journaliste et écrivain franco-algérien Kamel Daoud.

Deux générations, deux nationalités et deux arts dialoguent ainsi à travers cette exposition qui vient marquer une date anniversaire pour l’Algérie comme pour la France.

Une scénographie fluide

La presse algérienne en offre une visite guidée enthousiaste, s’attardant notamment sur les photos d’une Algérie à l’aube de son indépendance. “Tous deux évoquent l’histoire de l’Algérie, le premier [Raymond Depardon] par une série de photographies, le second [Kamel Daoud] par des textes qui résonnent avec les photographies”, note El-Watan, le principal quotidien francophone algérien.

Liberté-Algérie, dans les colonnes duquel Kamel Daoud tient une chronique, décrit également cette exposition, laquelle présente 80 photographies de Raymond Depardon et cinq textes inédits de Kamel Daoud. Plus précisément, elle comprend trois sections : “Alger 1961” ; “Évian-Bois d’Avault 1961 / Oranie 1961” ; “Alger et Oran 2019”.

Villa du Bois d’Avault, Bellevue, canton de Genève, Suisse. Juin 1961. La délégation du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) mène une politique de sensibilisation en organisant des conférences et rencontres avec la presse étrangère. Photo Raymond Depardon / Magnum Photos.

L’exposition permet au public de déambuler “au fil d’une scénographie fluide” entre images et mots, détaille Liberté-Algérie. Les textes de Kamel Daoud sont en effet encadrés et suspendus dans des installations qui permettent en transparence “de deviner les photos à travers eux”.

À l’issue de son parcours dans cette exposition, le visiteur pourra aussi visionner un court film de vingt-deux minutes dans lequel Raymond Depardon et Kamel Daoud échangent et reviennent sur leur collaboration, précise le quotidien algérois.

Entre l’intime et l’événement

Raymond Depardon expose des clichés issus d’une série de reportages réalisés en divers endroits : à Alger ; lors d’un premier cycle de négociations à la villa du Bois d’Avault, en Suisse, en 1961, pendant les négociations à Évian. Les accords finalement scellés dans cette dernière ville, en mars 1962, ont mis fin à cent trente-deux années de colonisation française en Algérie et à sept années et cinq mois de guerre.

À travers un “aller-retour incessant” entre les mots et les images, Kamel Daoud élabore, selon El-Watan, “une théorie des rapports entre littérature et photographie que l’on pourrait résumer ainsi : l’appareil photographique est l’œil qui opère dans l’instant comme l’œil du chat ; contempler une photographie, c’est retrouver ce moment de l’instantané. La pensée de l’immédiat dans la photographie lui est suggérée par la pratique de Raymond Depardon.”

Cette exposition offre alors un croisement de “l’intime et de l’événement” qui permet une lecture “traversée d’émotions” de visages d’inconnus saisis en noir et blanc, note le quotidien francophone. Dès lors, ce croisement permet un échange fécond entre les deux artistes, Kamel Daoud donnant “une lecture algérienne des photographies de Depardon, amenant le photographe à voir au-delà de ses clichés”, tandis que le photographe français “remet en jeu les manières de voir de l’écrivain algérien”.

Et c’est précisément le “style Depardon, proche par sa sobriété d’une écriture zéro”, qui permet à l’écrivain de “se couler dans ce regard qui fixe le monde pour développer son propre récit”, rapporte joliment El-Watan.

Alger, 2019. Photo Raymond Depardon / Magnum Photos.De l’indépendance au Hirak

L’exposition met en parallèle deux moments phares de l’histoire algérienne : l’année 1961, qui conduit aux accords du 19 mars 1962, et l’année 2019, où a commencé le mouvement du 22 février, plus connu sous la dénomination de Hirak. Comme le souligne le quotidien El-Watan :

Mais c’est moins l’histoire (avec un grand ‘H’) que montre l’exposition que l’histoire quotidienne de la vie en Algérie, vie souvent sous tension en 1961, vie en ébullition en septembre 2019.”

Les photographies de Raymond Depardon servent de fil d’Ariane, dévidant des images saisies à ces deux moments de l’histoire algérienne. En 1961, tout jeune photographe de 19 ans, Depardon avait clandestinement pris des photographies, alors que les tensions de ce qu’on appelait alors les “événements d’Algérie” étaient toujours aussi vives.

En 2019, il saisit autrement les images du Hirak algérien. Mais, remarque El-Watan, si ces séries sont “éloignées dans le temps”, elles captent toutes deux “dans leur instantanéité des visages, des corps en mouvement, des lieux”.

L’exposition “Son œil dans ma main. Algérie 1961-2019. Raymond Depardon – Kamel Daoud” est à voir à l’Institut du monde arabe, à Paris, jusqu’au 17 juillet.

Plus d’infos à cette adresse.

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